RAFAEL
LOZANO-HEMMER

Rafael Lozano-Hemmer (né en 1967 à Mexico) est un artiste multimédia basé à Montréal depuis 2004, où il dirige Antimodular, studio formé de 15 personnes provenant de 7 pays. Il crée des plateformes utilisant diverses technologies telles des lumières robotisées, des fontaines numériques, une surveillance informatisée, des murs médias et des réseaux télématiques, appelant également à la participation du public. Il a été le premier artiste à représenter le Mexique à la Biennale de Venise avec une exposition au Palazzo Van Axel en 2007. Il a aussi exposé aux biennales de Cuenca, La Havane, Istanbul, Cochin, Liverpool, Melbourne (NGV), Moscou, La Nouvelle-Orléans, New York (ICP), Séoul, Séville, Shanghai, Singapour, Sydney et Wuzhen.


Son art public a été commandé pour les célébrations du millénaire à Mexico (1999), l’élargissement de l’Union européenne à Dublin (2004), le mémorial pour le Massacre de Tlatelolco (2008), les Jeux olympiques d’hiver de Vancouver (2010), l’exposition de préouverture du Guggenheim à Abu Dhabi (2015) et l’activation du théâtre romain d’Augusta Raurica à Bâle (2018).


Ses œuvres font partie de plusieurs collections, entre autres : MoMA, Guggenheim et El Museo del Barrio à New York ; MAC, MBAM, PHI, Giverny et Majudia à Montréal ; Tate et Science Museum à Londres ; Jumex et MUAC à Mexico ; Daros à Zurich ; MONA à Hobart ; ZKM à Karlsruhe ; NGV à Melbourne ; SAM à Singapour. Au cours des deux dernières années, Lozano-Hemmer a fait l’objet de 9 expositions individuelles à l’échelle mondiale, notamment une exposition majeure au Hirshhorn Museum à Washington DC, l’exposition inaugurale au Amorepacific Museum à Séoul ainsi qu’une rétrospective de mi-carrière coproduite par le Musée d’art contemporain de Montréal et le SFMOMA.


En 2019, sa performance immersive Atmospheric Memory a affiché complet au Festival international de Manchester et son installation interactive Border Tuner a relié les gens de chaque côté de la frontière américano-mexicaine à l’aide de ponts de lumière contrôlés par la voix des participants à Ciudad Juárez, Chihuahua et El Paso, Texas.

MOT DE L'ARTISTE

Réflexion de Lozano-Hemmer sur l’art en temps de pandémie

« Cette résidence émerge de la pandémie sans précédent qu’est la COVID-19. Au départ, nous avions planifié présenter à Arsenal art contemporain Montréal Atmospheric Memory, une exposition immersive d’envergure qui comprend des dizaines d’œuvres interactives activées par la respiration, le toucher et la voix des participants. En raison de la COVID-19, nous avons donc décidé de concevoir une exposition précisément dans le but de respecter la distanciation sociale et les mesures de santé et sécurité en place contre la pandémie. Nous avons sélectionné des œuvres récentes et de nouvelles qui ne requièrent pas le toucher (pas de boutons, de leviers, de labyrinthes, de chambres scellées hermétiquement), et qui permettent une distance d’au moins deux mètres entre les visiteurs, en tout temps. De façon critique, ces œuvres nous unissent en nous aidant à interrompre le récit de ce virus dévastateur et stimulent une expérience incarnée et partagée pour le deuil et la continuité à la fois[CC1] .   

En raison du choc continuel causé par la propagation inégalée de la COVID-19, les experts ont prédit que les musées mettraient des années à s’en remettre, que les spectacles bondés seraient chose du passé, que l’art se limiterait aux salles de visionnement en ligne ou à la réalité virtuelle, que nous sommes en fait piégés dans la prison de verre qu’est la vidéoconférence. Je ne suis pas d’accord : tôt ou tard, l’immunité, les vaccins, les traitements, la prévention et le dépistage nous permettront sans doute de surmonter cette pandémie, comme ils l’ont fait auparavant. Dans un avenir rapproché, nous passerons du temps ensemble, embrasserons et enlacerons des inconnus, irons voter, partagerons des expériences et développerons de nouvelles relations. Nous sortirons dans la force, la solidarité, la protestation, le deuil. Le grand compositeur américain Frederic Rzewski a proposé l’idée que le « coming together » (le devenir ensemble) était au cœur même de l’expérience humaine. L’art sera toujours la plus grande raison pour que nos corps partagent un espace : dans les concerts avec d’autres personnes, devant une peinture qui nous émeut, lors d’une performance activiste ou encore, plongés dans un environnement réceptif. Nous devons prévoir dès maintenant cette réincarnation massive comme si nos vies en dépendaient, car c’est le cas, politiquement, esthétiquement, psychologiquement, écologiquement, financièrement. »

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